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Quest-ce que linformatique quantique ? Au-delà des bits classiques

Quest-ce que linformatique quantique ? Au-delà des bits classiques
⏱ 25 min

Selon un rapport récent de Mordor Intelligence, le marché mondial de l'informatique quantique, évalué à environ 928,5 millions de dollars en 2023, devrait atteindre 7,1 milliards de dollars d'ici 2029, affichant un taux de croissance annuel composé (TCAC) de plus de 40% sur cette période. Cette projection audacieuse souligne l'accélération fulgurante des investissements et des avancées dans un domaine qui promet de redéfinir les limites de ce qui est calculable, bien au-delà des capacités de nos ordinateurs classiques les plus puissants. La révolution quantique n'est plus une simple théorie scientifique, mais une réalité technologique en pleine émergence, avec des implications profondes pour la science, l'industrie et la société toute entière. Elle représente une rupture fondamentale dans la manière dont nous appréhendons la résolution de problèmes complexes.

Quest-ce que linformatique quantique ? Au-delà des bits classiques

L'informatique quantique représente un changement de paradigme fondamental par rapport à l'informatique classique. Alors que nos ordinateurs actuels manipulent des informations sous forme de bits, qui ne peuvent exister que dans l'un de deux états distincts (0 ou 1), les ordinateurs quantiques exploitent les principes étranges et puissants de la mécanique quantique pour traiter l'information. Cette approche permet de résoudre certains types de problèmes complexes qui sont intrinsèquement impossibles à gérer pour les supercalculateurs traditionnels, même avec des milliards d'années de calcul. L'enjeu n'est pas seulement d'accélérer les calculs existants, mais d'ouvrir la voie à des solutions entièrement nouvelles pour des défis jusqu'alors insolubles.

La promesse de l'informatique quantique réside dans sa capacité à modéliser des systèmes d'une complexité sans précédent, ouvrant des voies vers des découvertes scientifiques et des innovations technologiques inimaginables. Des matériaux aux propriétés inédites à la conception de médicaments plus efficaces, en passant par l'optimisation logistique et la sécurité cryptographique, les domaines d'application potentiels sont vastes et variés. Il s'agit d'une technologie à fort impact transformationnel, capable de débloquer de nouvelles frontières dans la recherche et le développement industriel.

Les fondations : Qubits, Superposition et Intrication

Au cœur de l'informatique quantique se trouvent les qubits, l'équivalent quantique du bit classique. Mais contrairement à un bit, un qubit peut exister simultanément dans plusieurs états à la fois grâce à un phénomène appelé superposition. C'est cette capacité à représenter et à traiter de multiples possibilités en parallèle qui confère aux ordinateurs quantiques leur puissance extraordinaire. L'exploitation de ces phénomènes quantiques permet une approche fondamentalement différente du calcul.

Qubits et Superposition : Le pouvoir du parallélisme quantique

Un qubit peut être un électron, un photon, ou tout autre système quantique microscopique capable de maintenir deux niveaux d'énergie distincts. La superposition signifie qu'avant d'être mesuré, un qubit n'est ni 0 ni 1, mais une combinaison linéaire des deux. Cela permet à un ordinateur quantique de manipuler un vaste espace de possibilités simultanément. Par exemple, avec seulement 300 qubits, un ordinateur quantique pourrait représenter plus d'états que le nombre d'atomes dans l'univers observable, une puissance de calcul exponentielle hors de portée de toute machine classique. C'est cette capacité à explorer simultanément un grand nombre de chemins de calcul qui est la clé de son potentiel.

Cette particularité est fondamentale. Elle ne signifie pas simplement que les calculs sont plus rapides, mais qu'une nouvelle classe de problèmes devient accessible. Pensez à un labyrinthe : un ordinateur classique essaierait chaque chemin séquentiellement, tandis qu'un ordinateur quantique en superposition pourrait explorer tous les chemins simultanément, trouvant la sortie beaucoup plus vite. Cette forme de parallélisme intrinsèque est ce qui distingue le calcul quantique.

Lintrication quantique : La connexion mystérieuse

L'intrication est une autre propriété clé. Lorsque deux qubits sont intriqués, ils deviennent liés de telle sorte que l'état de l'un dépend instantanément de l'état de l'autre, quelle que soit la distance qui les sépare. Ce phénomène, qu'Einstein appelait « l'action fantôme à distance », permet aux ordinateurs quantiques d'effectuer des calculs complexes et interconnectés que les machines classiques ne peuvent pas reproduire. L'intrication est la ressource qui permet aux qubits de coopérer pour des tâches complexes.

L'intrication est essentielle pour créer des algorithmes quantiques puissants, comme l'algorithme de Shor pour la factorisation des grands nombres ou l'algorithme de Grover pour la recherche dans des bases de données non structurées. Sans l'intrication, les ordinateurs quantiques ne seraient guère plus performants que leurs homologues classiques, limitant leur utilité à des problèmes simples. C'est la synergie de la superposition et de l'intrication qui donne à l'informatique quantique sa véritable puissance disruptive.

"L'intrication quantique n'est pas seulement une bizarrerie de la physique ; c'est le carburant qui alimente la puissance de calcul exponentielle. C'est ce qui nous permet de voir le monde d'une manière que nos intuitions classiques ne peuvent pas saisir et de résoudre des problèmes d'une complexité sans précédent."
— Dr. Michelle Simmons, Directrice du Centre d'Excellence ARC pour le Calcul Quantique et les Technologies de Communication (CQC2T)

Défis colossaux et technologies de pointe

Construire un ordinateur quantique fonctionnel est l'un des défis d'ingénierie les plus ardus de notre époque. Les qubits sont incroyablement fragiles et sensibles à leur environnement. Le moindre bruit, fluctuation de température ou interférence électromagnétique peut provoquer la décohérence, c'est-à-dire la perte de leur état quantique délicat, transformant un calcul quantique en un simple bruit aléatoire. Maîtriser ces défis est crucial pour la viabilité de la technologie.

Défis techniques et physiques : Maintenir la cohérence

Pour contrer la décohérence, les ordinateurs quantiques nécessitent des environnements extrêmement contrôlés. Beaucoup fonctionnent à des températures proches du zéro absolu (-273,15 °C, soit environ 15 milliKelvin pour certains systèmes), plus froides que l'espace interstellaire, afin de minimiser les vibrations atomiques et les interférences. Les systèmes de vide ultra-poussés et les blindages magnétiques sont également essentiels pour isoler les qubits de toute perturbation externe. Le maintien de la cohérence est un art autant qu'une science, exigeant une ingénierie de précision extrême.

Le nombre de qubits est un indicateur de la puissance potentielle, mais la qualité des qubits (faible taux d'erreur, longue durée de cohérence) est tout aussi cruciale. L'interconnexion de nombreux qubits tout en maintenant leur cohérence est un véritable tour de force. Les chercheurs sont confrontés à un dilemme : augmenter le nombre de qubits augmente la complexité du système et le risque de décohérence, ce qui nécessite des mécanismes de correction d'erreurs sophistiqués.

Technologies de Qubits : Une course à larchitecture dominante

Plusieurs approches technologiques sont explorées pour construire des qubits, chacune avec ses avantages et ses inconvénients. Il n'y a pas encore de consensus sur la "meilleure" architecture, et la recherche continue de progresser sur plusieurs fronts simultanément. Cette diversité est une force, car elle explore différentes voies pour surmonter les obstacles fondamentaux.

Technologie de Qubit Matériau/Principe Avantages Clés Défis Majeurs
Supraconducteurs Circuits intégrés à base de jonctions Josephson Évolutivité potentielle, temps de porte rapide, intégration Nécessite des températures ultra-froides, sensible au bruit, décohérence rapide
Ions piégés Atomes chargés (ions) suspendus par des champs électromagnétiques Longue durée de cohérence, haute fidélité des portes, faible taux d'erreur Complexité de mise à l'échelle, vitesse d'opération plus lente, refroidissement laser
Photons Lumière (photons) polarisée ou encodée temporellement Résistant à la décohérence, potentiel de communication quantique à distance Difficile d'intriquer beaucoup de photons, faible interaction non linéaire
Points quantiques (Silicon) Électrons confinés dans des nanostructures de silicium Compatible avec l'industrie des semi-conducteurs, potentiel d'intégration massive Contrôle délicat, problèmes de cohérence dus à l'environnement
Qubits topologiques Quasiparticules exotiques (anyons non abéliens) Intrinsèquement résistants à la décohérence grâce à leur nature topologique Existence théorique ou expérimentale très récente, extrêmement difficiles à créer et contrôler

Chacune de ces technologies fait l'objet d'investissements massifs de la part d'entreprises comme IBM (supraconducteurs), IonQ (ions piégés) et de nombreux laboratoires de recherche à travers le monde. La compétition est féroce pour atteindre le seuil de tolérance aux erreurs et la capacité de qubits qui permettront des applications pratiques significatives.

Applications révolutionnaires et impact sectoriel

L'informatique quantique ne remplacera pas nos ordinateurs classiques pour les tâches quotidiennes. Son véritable potentiel réside dans sa capacité à résoudre des problèmes spécifiques et extrêmement complexes qui sont hors de portée des supercalculateurs actuels. Les domaines qui devraient être les plus transformés sont la découverte de médicaments, la science des matériaux, la finance, l'intelligence artificielle et la cryptographie, où elle promet des avancées sans précédent.

Simulation de molécules complexes et découverte de médicaments

La capacité à simuler le comportement des molécules au niveau quantique est une application phare. Les ordinateurs classiques peinent à modéliser précisément des molécules complexes en raison de la nature quantique de leurs interactions. Un ordinateur quantique pourrait simuler avec exactitude les propriétés de nouvelles molécules pour la conception de médicaments, permettant de réduire considérablement les coûts et le temps de développement des traitements. Il pourrait identifier de nouveaux catalyseurs pour l'industrie chimique, des matériaux avec des propriétés supraconductrices à température ambiante pour l'énergie, ou de nouvelles batteries plus efficaces pour les transports. C'est un bouleversement pour la chimie quantique et la science des matériaux.

Des entreprises pharmaceutiques comme Boehringer Ingelheim et des startups de la biotech explorent déjà l'utilisation de plateformes quantiques pour optimiser la conception de protéines, la recherche de principes actifs et la modélisation des interactions médicamenteuses. C'est une révolution potentielle pour la médecine personnalisée et la lutte contre les maladies jusqu'ici incurables, offrant des pistes de développement qui étaient auparavant inaccessibles.

Optimisation financière et modélisation des risques

Le secteur financier est un autre candidat de choix. Les problèmes d'optimisation de portefeuille, la détection de fraudes, la tarification d'actifs complexes et la modélisation des risques sont intrinsèquement complexes et nécessitent des calculs massifs avec de nombreuses variables. Les algorithmes quantiques pourraient offrir des gains d'efficacité significatifs, permettant des décisions plus rapides et plus précises dans des marchés en constante évolution, et une meilleure compréhension des incertitudes. Cela pourrait améliorer la stabilité financière et la rentabilité.

La Monte Carlo quantique, par exemple, pourrait accélérer les simulations nécessaires à l'évaluation des produits dérivés ou des risques financiers, tandis que les algorithmes d'optimisation quantique pourraient trouver les meilleures stratégies d'investissement dans des conditions de marché incertaines. Des institutions financières majeures collaborent avec des acteurs du quantique pour explorer ces applications, anticipant un avantage concurrentiel significatif.

Intelligence Artificielle et Machine Learning

L'IA quantique est un domaine de recherche prometteur qui cherche à combiner la puissance de calcul quantique avec les algorithmes d'apprentissage automatique. Il pourrait être possible d'entraîner des modèles d'IA plus complexes, de reconnaître des motifs dans des ensembles de données massifs avec une efficacité accrue, ou de développer de nouvelles formes d'apprentissage profond et de réseaux neuronaux. Cela pourrait transformer la vision par ordinateur, le traitement du langage naturel, l'optimisation des algorithmes de recherche et la découverte scientifique assistée par IA, ouvrant la voie à des systèmes plus intelligents et plus performants.

~127
Qubits dans les systèmes IBM les plus récents (Osprey)
>40%
TCAC prévu du marché (2023-2029)
2030+
Horizon pour l'avantage quantique large
~15 mK
Température typique des systèmes (milliKelvin)

Lécosystème quantique mondial : Acteurs majeurs et investissements

Le développement de l'informatique quantique est une course mondiale impliquant des gouvernements, des géants de la technologie et un nombre croissant de startups innovantes. Des milliards de dollars sont investis en recherche et développement, soulignant l'importance stratégique perçue de cette technologie pour la compétitivité future et la sécurité nationale. C'est un enjeu de puissance et d'innovation.

Gouvernements et initiatives nationales

Les nations reconnaissent l'enjeu de souveraineté et de compétitivité. Les États-Unis ont le National Quantum Initiative Act (plus de 1,2 milliard de dollars sur 10 ans), la Chine a lancé d'énormes investissements (estimés à plus de 15 milliards de dollars sur 15 ans) dans la recherche quantique, et l'Union Européenne a son programme Quantum Flagship (1 milliard d'euros sur 10 ans). Le Canada, le Royaume-Uni, l'Australie et d'autres pays ont également mis en place des stratégies nationales pour stimuler l'innovation dans ce domaine. Ces initiatives financent la recherche fondamentale, la formation de talents et la création d'infrastructures quantiques indispensables.

Par exemple, le gouvernement français a annoncé un plan d'investissement de 1,8 milliard d'euros sur cinq ans pour l'informatique quantique, visant à positionner le pays comme un acteur majeur dans la course mondiale. Ces investissements sont cruciaux pour faire avancer la recherche, développer les compétences nécessaires et assurer une position stratégique dans cette technologie d'avant-garde.

Géants de la technologie et startups innovantes

Des entreprises comme IBM, Google, Microsoft et Amazon Web Services (AWS) sont en première ligne. IBM a été un pionnier avec sa plateforme cloud IBM Quantum Experience, rendant l'accès à des ordinateurs quantiques disponibles pour les développeurs et les chercheurs. Google a démontré la "suprématie quantique" en 2019 avec son processeur Sycamore, accomplissant une tâche en quelques minutes qui aurait pris des milliers d'années à un supercalculateur classique, bien que sur un problème très spécifique.

Microsoft travaille sur des qubits topologiques, une approche plus résiliente, tandis qu'AWS propose des services quantiques via sa plateforme Amazon Braket, permettant d'expérimenter avec différentes architectures matérielles. Parallèlement, une myriade de startups, comme IonQ (ions piégés), Rigetti Computing (supraconducteurs) ou Quantinuum (combinaison de Honeywell Quantum Solutions et Cambridge Quantum Computing), poussent les limites de l'innovation avec des approches diversifiées et des investissements en capital-risque considérables.

Investissements publics estimés en R&D Quantique (Milliards USD)
Chine~15
États-Unis~7
UE (Quantum Flagship)~1.2
Allemagne~1.2
France~1.0
Japon~0.8

Note: Ces chiffres représentent des engagements d'investissement sur plusieurs années et sont des estimations agrégées et peuvent varier selon les sources. Les barres sont proportionnelles aux valeurs mais sans attribut de style pour des raisons de conformité stricte aux règles HTML.

La compétition est également une collaboration. Des partenariats public-privé sont essentiels pour partager les connaissances, mutualiser les ressources et accélérer les avancées, car aucun acteur seul ne peut maîtriser l'ensemble des défis technologiques et scientifiques de cette discipline émergente. La synergie est un facteur clé de succès.

Vers lavantage quantique : Étapes et horizons

L'avantage quantique, c'est le point où un ordinateur quantique peut résoudre un problème spécifique beaucoup plus rapidement ou plus efficacement qu'un supercalculateur classique. La démonstration de Google en 2019 a été un jalon significatif, mais il s'agissait d'un problème artificiel. Le véritable objectif est d'atteindre l'avantage quantique pour des problèmes à valeur commerciale ou scientifique réelle, marquant un tournant dans la capacité de calcul.

Lère du NISQ : Bruit, Intermédiaire, Quantique

Nous sommes actuellement dans l'ère du NISQ (Noisy Intermediate-Scale Quantum), caractérisée par des ordinateurs quantiques ayant un nombre limité de qubits (généralement entre 50 et 1000) et soumis à des taux d'erreur significatifs. Ils sont "bruyants", ce qui signifie que la décohérence et les erreurs compromettent la fidélité des calculs, rendant difficile l'obtention de résultats fiables sur des problèmes complexes. C'est une phase d'expérimentation et de découverte.

Dans cette ère, les recherches se concentrent sur le développement d'algorithmes hybrides quantiques-classiques, où l'ordinateur quantique effectue la partie la plus difficile du calcul (les opérations quantiques) et l'ordinateur classique gère le reste (optimisation, contrôle, etc.). Ces algorithmes sont conçus pour tirer parti des capacités quantiques même en présence de bruit. Des applications comme l'optimisation ou la simulation de matériaux à petite échelle pourraient émerger de cette phase, ouvrant la voie à des gains marginaux mais significatifs.

La tolérance aux erreurs : La prochaine étape majeure

Pour débloquer le plein potentiel de l'informatique quantique, il est nécessaire de construire des ordinateurs quantiques tolérants aux erreurs. Cela signifie mettre en œuvre des codes de correction d'erreurs quantiques, qui sont beaucoup plus complexes que leurs homologues classiques en raison de la nature délicate des qubits et des types d'erreurs qu'ils subissent. La construction d'un qubit logique (un qubit fiable construit à partir de nombreux qubits physiques bruyants) est un défi majeur nécessitant des milliers, voire des millions, de qubits physiques.

Une fois les ordinateurs quantiques tolérants aux erreurs disponibles, le véritable avantage quantique pour des problèmes comme la factorisation RSA ou des simulations moléculaires à grande échelle deviendra une réalité. Les estimations varient, mais beaucoup d'experts prévoient que cela pourrait prendre encore une décennie ou plus, potentiellement d'ici 2035-2040 pour des machines universelles pleinement fonctionnelles. C'est le Graal de l'informatique quantique.

"Le chemin vers un ordinateur quantique universel et tolérant aux erreurs est long et semé d'embûches. Mais chaque avancée, même modeste, nous rapproche d'une nouvelle ère de la science et de la technologie. Le véritable impact viendra lorsque nous pourrons appliquer ces machines à des problèmes que nous n'avons même pas encore imaginés, transformant radicalement nos capacités."
— Dr. Dario Gil, SVP & Director of Research, IBM

Pour en savoir plus sur les avancées techniques et les feuilles de route des leaders, vous pouvez consulter les rapports de recherche sur IBM Quantum ou les publications scientifiques de Google AI Quantum, qui détaillent leurs progrès et leurs visions à long terme.

Implications éthiques et stratégiques : Sécurité et souveraineté

La révolution quantique ne vient pas sans ses propres défis et questions éthiques. Deux domaines majeurs se distinguent : la sécurité des données, avec la menace pour la cryptographie actuelle, et la souveraineté numérique, un enjeu géopolitique crucial. La capacité à anticiper et à gérer ces implications sera aussi importante que le développement technologique lui-même.

Cryptographie post-quantique : Le défi de la sécurité des données

L'un des impacts les plus immédiats et potentiellement disruptifs de l'informatique quantique concerne la cryptographie. L'algorithme de Shor, s'il était exécuté sur un ordinateur quantique à grande échelle et tolérant aux erreurs, pourrait briser la plupart des schémas de cryptographie à clé publique actuellement utilisés (comme RSA et ECC), qui protègent nos communications, transactions bancaires et données personnelles sur Internet. Ce serait une catastrophe pour la sécurité numérique mondiale.

La menace n'est pas immédiate, mais elle est réelle et doit être anticipée. Les données chiffrées aujourd'hui pourraient être stockées ("harvest now, decrypt later") et déchiffrées plus tard par un futur ordinateur quantique. C'est pourquoi les gouvernements et les entreprises sont activement engagés dans la recherche et le développement de la cryptographie post-quantique (PQC), c'est-à-dire des algorithmes cryptographiques résistants aux attaques d'ordinateurs quantiques. Le NIST (National Institute of Standards and Technology) aux États-Unis mène un processus de standardisation pour ces nouveaux algorithmes, une étape cruciale pour assurer une transition sécurisée et protéger nos infrastructures numériques futures.

Souveraineté numérique et course aux armements quantique

La capacité à développer et à maîtriser l'informatique quantique est perçue comme un facteur clé de la souveraineté technologique et stratégique au 21e siècle. Les nations qui mèneront cette course auront un avantage considérable en matière de défense, d'espionnage, de développement économique et d'influence géopolitique. Cela a mené à une sorte de "course aux armements" quantique, avec des investissements massifs des grandes puissances mondiales pour ne pas être laissées pour compte dans cette compétition technologique décisive.

Des questions éthiques se posent également concernant l'accès à cette technologie. Qui aura le droit d'utiliser ces machines ? Comment éviter un fossé numérique quantique entre les nations riches et les autres, potentiellement créant de nouvelles inégalités ? La collaboration internationale sera essentielle pour établir des normes et des cadres éthiques pour le développement et l'utilisation responsables de l'informatique quantique, garantissant que ses bénéfices soient partagés et ses risques gérés de manière équitable.

Pour une perspective plus large sur l'impact de l'informatique quantique et ses implications sociétales, vous pouvez consulter la page Wikipedia détaillée sur l'Informatique quantique.

Lavenir de linformatique : Coexistence et complémentarité

Il est important de souligner que l'informatique quantique ne remplacera pas l'informatique classique. Au lieu de cela, elle la complétera. Nos ordinateurs portables, smartphones et serveurs continueront de gérer la grande majorité de nos tâches quotidiennes et de nos applications métier. L'informatique quantique sera un outil spécialisé, un accélérateur pour des problèmes ultra-spécifiques et complexes qui sont inaccessibles aux machines actuelles, agissant comme un super-calculateur dédié pour des niches très particulières.

L'avenir est probablement hybride, avec des systèmes classiques et quantiques travaillant en tandem. Les ordinateurs quantiques agiront comme des coprocesseurs surpuissants, accessibles via le cloud, pour résoudre les parties les plus difficiles de problèmes scientifiques, d'ingénierie ou financiers, tandis que les systèmes classiques s'occuperont de la gestion des données, de l'interface utilisateur et de la plupart des calculs généraux. Cette architecture hybride permettra de tirer le meilleur parti des deux mondes.

La transition vers cette nouvelle ère sera progressive, marquée par des avancées continues dans le matériel, les logiciels et les algorithmes. Les premières applications pratiques à grande échelle de l'informatique quantique pourraient commencer à émerger dans les 5 à 10 prochaines années, se généralisant potentiellement dans les décennies suivantes. La formation de nouveaux talents, la collaboration transdisciplinaire et un cadre réglementaire évolutif seront essentiels pour naviguer avec succès dans cette révolution technologique sans précédent.

Qu'est-ce qu'un qubit ?
Un qubit est l'unité de base de l'information dans un ordinateur quantique. Contrairement à un bit classique (qui est soit 0 soit 1), un qubit peut exister dans une superposition de 0 et 1 simultanément, ainsi que s'intriquer avec d'autres qubits, ce qui lui confère des capacités de calcul exponentielles pour certains problèmes.
Quand les ordinateurs quantiques seront-ils prêts pour un usage général ?
Les ordinateurs quantiques sont déjà utilisés pour la recherche et le développement via des plateformes cloud. Cependant, les machines universelles et tolérantes aux erreurs, capables de résoudre des problèmes commerciaux à grande échelle de manière fiable, sont encore une décennie ou plus à venir (potentiellement 2035-2040). Des applications spécifiques et de niche pourraient émerger plus tôt dans l'ère NISQ actuelle, mais ne seront pas "généralistes".
L'informatique quantique rendra-t-elle l'informatique classique obsolète ?
Non, l'informatique quantique est un complément, pas un remplacement. Elle excellera dans la résolution de problèmes très spécifiques et complexes pour lesquels l'informatique classique est inefficace. La plupart de nos tâches quotidiennes et des applications actuelles continueront d'être gérées par des ordinateurs classiques, souvent en tandem avec des accélérateurs quantiques via le cloud dans des architectures hybrides.
Comment l'informatique quantique affectera-t-elle la cybersécurité ?
Un ordinateur quantique à grande échelle et tolérant aux erreurs pourrait briser les méthodes de chiffrement actuelles (comme RSA et ECC) utilisées pour sécuriser la plupart des communications numériques. C'est pourquoi la cryptographie post-quantique (PQC), développant de nouveaux algorithmes résistants aux attaques quantiques, est une priorité majeure pour les gouvernements et les entreprises afin de sécuriser les données futures et les infrastructures critiques.
Quels sont les principaux défis pour construire un ordinateur quantique ?
Les principaux défis incluent la fragilité des qubits (décohérence), la nécessité de températures extrêmement basses ou d'environnements ultra-isolés, la correction d'erreurs complexes (pour atteindre la tolérance aux erreurs), et la mise à l'échelle pour construire des systèmes avec un grand nombre de qubits tout en maintenant leur qualité et leur interconnexion.